Générosité réquisitionnée !

Mis à jour : avr. 10

Alors que les héros de la nation se révèlent ne pas être ceux habituellement invités sur les plateaux de télévision, l’actualité terrible que nous traversons nous donne à redécouvrir ceux qui, par leur travail essentiel, œuvrent souvent très discrètement à des tâches vitales pour la santé de notre pays.

Là où l’on nous parlait hier de « rationalisation », « d’économie d’échelle » et autres vocables technocratiques pour justifier certains choix faits au détriment d’une meilleure répartition des ressources et de l’emploi, on semble découvrir à nouveau les vertus de la générosité & de l’engagement « non rentable. » Il en va de même des professions souvent déconsidérées & pourtant aujourd’hui terriblement exposées dans l’urgence du moment.

Là où encore il y a peu, on disait l’impossibilité d’un engagement désintéressé dans un monde horizontalement matérialiste, il semble que l’homme se relève à l’aplomb de ce qui fait sa dignité dans les valeurs d’engagement et de service.

Parce que « la vie n’est pas facile » (et je cite là Scott Peck dans son livre intitulé Le chemin le moins fréquenté), plus que jamais, il semble vital de considérer qu’une vie bousculée comme la nôtre aujourd’hui, aménage de fait la possibilité d’une trajectoire réaxée sur les essentiels. Sont-ils difficiles à visualiser que la traversée du désert nous apprend à discerner les mirages des points d’eau fraiche dont il nous appartient, dès lors, d’en partager les coordonnées GPS.

Comment ne pas penser à ceux qui, « en première ou en deuxième ligne » selon la formule consacrée, se retrouvent dans l’expérience de Simon, porteurs d’une croix qui n’est pas directement la leur. Je laisse Daniel Bourguet nous parler de cette trajectoire « réquisitionnée » dans un extrait de son livre intitulé Le silence de Dieu pendant la Passion.

« … il nous arrive parfois d’être Simon auprès d’un frère ou même d’un inconnu, et de l’aider à porter sa croix, parfois poussés par notre bon cœur, tout à fait librement, mais parfois aussi, de manière contrainte, obligés par la force des choses, “réquisitionnés” en quelque sorte comme Simon l’a été, sans qu’il soit possible de faire autrement, bien malgré nous. Alors, humblement, le plus humblement possible, soyons Simon pour l’autre, avec tout l’amour que nous pouvons puiser dans notre cœur, sans même chercher une quelconque récompense ou le moindre merci, en nous tenant derrière, sans attirer sur nous son regard, derrière et silencieux comme Simon l’a été… Alors, sans doute, au dernier jour, lorsque nous comparaîtrons devant son trône, alors sans doute, le Christ nous dira-t-il : “J’ai eu faim et tu m’as donné à manger, j’ai eu soif et tu m’as donné à boire, j’étais étranger et tu m’as recueilli, j’étais nu et tu m’as vêtu, j’étais malade et tu m’as visité, j’étais en prison et tu es venu me voir… je portais ma croix et tu es venu la porter avec moi" (cf. Mt 25.31 s).

Si, à quelque moment de ta vie, il t’est donné de percevoir derrière toi un frère ou un inconnu, un Simon sorti de son champ, réquisitionné pour t’aider à porter ta croix, alors, ami […] invite le ciel et la terre à unir leurs voix pour chanter avec toi l’indicible cantique, car véritablement tu sauras qu’à travers ce Simon-là, et à ton insu peut-être, c’est le Père, ton Père, qui dans son humble amour, est venu porter avec toi la croix.”

Puisse cette période de Pâques être ainsi pour chacun, l'expérience d'un autre chemin personnel ; dans les pas de Celui qui aima passionnément l'Homme & de toute éternité.

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