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Persévérance

En cette période troublée, pleine d’incertitudes et de menaces, prenez un moment pour lire L’homme qui plantait des arbres. Cette courte nouvelle de Jean Giono fait partie de ces textes qui font du bien à l’âme. En 1913, le narrateur, alors âgé d’une vingtaine d’année, se promène sur les contreforts désertiques du Mont Ventoux et rencontre Elzéard Bouffier, berger solitaire et taciturne, dont la seule occupation est, depuis trois ans, de planter des glands dans le sol, « avec un soin extrême ». Initiative bien dérisoire dans ces immensités désolées. L’année suivante, la Première Guerre Mondiale éclate et le narrateur oublie le vieux berger. Il le retrouve dans les années 1920. Insensible aux tourments du monde autour de lui, il avait imperturbablement poursuivi sa tâche quotidienne. En 1935, une véritable délégation administrative vient examiner la « forêt naturelle ». Elle ne peut que constater que, peu à peu, les vieilles sources alimentées par les pluies et les neiges que retiennent les forêts, se sont remises à couler. Les oiseaux sont revenus ; les hameaux ont repris vie ; on entend à nouveaux les rires des enfants résonner dans les forêts. Le miracle s’est produit. Le berger continuera son œuvre solitaire et opiniâtre jusqu’à sa mort en 1947.

Tout cela n’est que littérature, direz-vous. Car en effet, et bien que Giono ait longtemps entretenu le doute à ce sujet, Elzéard Bouffier n’a jamais existé. Il s’agit d’une fable. Une fable humaniste, poétique, enthousiasmante, mais une fable quand même.

Et pourtant, les héros du quotidien qui transforment dans l’ombre la vie des autres existent bien. La ville de Bombay est l’une des métropoles les plus polluées de la planète. En Octobre 2015, Afroz Shah, jeune avocat qui vient d’emménager, constate que la plage de Versova, à côté de chez lui, est tellement jonchée de détritus qu’on ne voit même plus le sable. L’épaisseur des déchets plastiques atteint jusqu’à 1 mètre 60 ! Accompagné d’un voisin, tous les dimanche après-midi, il entreprend le projet fou de nettoyer la plage. Peu à peu, d’autres voisins se joignent à eux. Le bouche à oreille opère. Des stars de Bollywood apportent leur soutien et c’est progressivement une petite armée qui se donne rendez-vous sur la plage, chaque semaine, pour « s’enfoncer jusqu’au menton dans les déchets en décomposition, sous le soleil implacable de l’Inde ». Après 119 dimanches consécutifs, la plage s’est complètement transformée. Le sable est désormais visible et plus de 12000 tonnes de plastique ont été enlevées. Afroz s’est vu décerner le titre de « Champion de la Terre 2016 » par les Nations Unies. Même s’il s’agit d’une bataille sans fin, l’Océan continuant de déverser chaque jour sur la plage un peu des 8 millions de tonnes de plastique que l’Homme y déverse quotidiennement, cet exemple montre que nous pouvons tous, avec nos moyens limités, provoquer des miracles.

L’Evangile nous incite d’ailleurs à ces petits gestes quotidiens qui font la différence. « Tout ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait » dit le Christ. A nous, qui nous disons ses disciples, de le prendre au mot.


O.R.

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